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| William Gale, La leçon d'alphabet, Esmeralda et Djali, avant 1909[Illus. 1] |
Avant de les connaître, je les connaissez déjà, et à chaque relecture, j'ai pleuré pour Quasimodo, Esmeralda et Djali, déchirants le XVe siècle, si lointains et si proches.
Un peu de mon enfance brûle, en bas sur l'Ile de la Cité toisée par l'imperturbable Panthéon, et qui rougeoie encore à cette heure-ci.
Vue d'un balcon au-dessus même du "hideux Montfaucon" d'antan brûle le livre de pierre célébré de papier, tous deux phénix splendides.[0]
Une fois rendue, les années passées sans rien d'oublié, j'ai marché sur l'ombilic des routes du parvis et cherché les traces des sequins sur le Pont-Neuf...
"En ce moment une des nattes de la chevelure de la « salamandre » se détacha, et une pièce de cuivre jaune qui y était attachée roula à terre."[1]
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| Luc-Olivier Merson, Esmeralda donne à boire à Quasimodo. Une larme pour une goutte d'eau, 1903[Illus. 2] |
"Tous les yeux s'étaient levés vers le haut de l'église. Ce qu'ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d'étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau dans la fumée. Au-dessous de cette flamme, au-dessous de la sombre balustrade à trèfles de braise, deux gouttières en gueules de monstres vomissaient sans relâche cette pluie ardente qui détachait son ruissellement argenté sur les ténèbres de la façade inférieure. À mesure qu'ils approchaient du sol, les deux jets de plomb liquide s'élargissaient en gerbes, comme l'eau qui jaillit des mille trous de l'arrosoir. Au-dessus de la flamme, les énormes tours, de chacune desquelles on voyait deux faces crues et tranchées, l'une toute noire, l'autre toute rouge, semblaient plus grandes encore de toute l'immensité de l'ombre qu'elles projetaient jusque dans le ciel. Leurs innombrables sculptures de diables et de dragons prenaient un aspect lugubre. La clarté inquiète de la flamme les faisait remuer à l'oeil. Il y avait des guivres qui avaient l'air de rire, des gargouilles qu'on croyait entendre japper, des salamandres qui soufflaient dans le feu, des tarasques qui éternuaient dans la fumée. Et parmi ces monstres ainsi réveillés de leur sommeil de pierre par cette flamme, par ce bruit, il y en avait un qui marchait et qu'on voyait de temps en temps passer sur le front ardent du bûcher comme une chauve-souris devant une chandelle." Victor Hugo, Notre Dame de Paris, 1482, 1831[2]Ses orgues pourtant y rejoueront l'hymne révolutionnaire, et pas seulement en messe funèbre.
La paix reste toujours possible et l'art marie tout. Le parchemin de pierre en reste gravé, et de solidarité.
Ainsi, l'on aura vu comment une flamme peut souder plus fort tout un peuple et le monde.
Le coeur brûlé de ce joyau de l'humanité rebattra, et plus fort et plus vite.
Christine Gamita
La Grange aux Belles, lundi 15 avril 2019
['] Audiolivre à écouter de Notre Dame de Paris 1492 http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/victor-hugo-notre-dame-de-paris.html
A suivre.. II - Dans les feux en fleurs, le 19 dans la lumière des roses https://susaufeminicides.blogspot.com/2019/04/dans-les-feux-en-fleurs.html
- Post-face - Trop d'idéal ne nuit-il pas à l'idéal ?
Honoré n'a pas saisi, qu'en plus de l'indignation devant l'architecture gau-thique négligée de tous, ou n'a pas été touché par la portée créatrice visionnaire et politique, l'ambition de forger un sentiment national d'union, et réussie à voir majorité d'entre la ressentant en-deça et au-delà à la fois d'une simple cathédrale. Ce n'est pas non plus la plus belle de France.
"Balzac à Samuel-Henry Berthoud datée du 19 mars 1831 : "Je viens de lire Notre-Dame – ce n’est pas de M. Victor Hugo auteur de quelques bonnes odes, c’est de M. Hugo auteur d’Hernani – deux belles scènes, trois mots, le tout invraisemblable, deux descriptions, la belle et la bête, et un déluge de mauvais goût – une fable sans possibilité et par-dessus tout un ouvrage ennuyeux, vide, plein de prétention architecturale – voilà où nous mène l’amourpropre excessif."" https://www.cairn.info/revue-l-annee-balzacienne-2006-1-page-119.htm
- Et, puisqu'il nous faut aussi faire aparté sur Victor Hugo et le féminisme-
"Victor et Adèle Foucher sont amis d'enfance. Depuis 1819, ils sont très amoureux. Il a 17 ans, elle en a seize..."."[4]
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| Adèle Hugo, née Adèle Foucher (1803-1868), portrait en pied, Louis Boulanger, 1839, Maison de Victor Hugo https://fr.wikipedia.org/wiki/Ad%C3%A8le_Foucher |
Notes
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* Extrait de Gustave Planche, Lettre à Victor Hugo, Revue des Deux-Mondes, 1er mars 1834,
"Sur quel fond magnifique se détachent toutes ces figures devenues des types ! Tout le vieux Paris : églises, palais, bastilles, le retrait du roi Louis XI et la Cour des Miracles : une ville morte, déterrée et ressuscitée ; un Pompéi gothique retiré des fouilles ; deux mille in-folio compulsés, une érudition a effrayer un Allemand du moyen âge, acquise tout exprès ! Et sur tout cela un style éclatant et splendide, de granit et de bronze, aussi indestructible que la cathédrale qu’il célèbre.Notre-Dame de Paris est dès aujourd’hui un livre classique." p. 452[0] Montfaucon n'étant pas Buttes Chaumont - Le 1er gibet, au 18 rue Boy Zelensky et 61 rue de la Grange aux Belles 75010 -soit en dessous de l'actuelle Place du Colonel Fabien-
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| Détail d'une enluminure de Jean Fouquet, extraite d'un manuscrit des Grandes Chroniques de France, vers Philippe-Auguste devant le bûcher des Amauriciens |
| Eugène Viollet-Le-Duc Dictionnaire national de l'architecture française |
Gibet et fosse commune des condamnés https://www.tombes-sepultures.com/crbst_484.html
"Montfaucon était alors un quartier misérable de Paris (à l'emplacement actuel des Buttes-Chaumont), qui servait de décharge à ciel ouvert." (Emplacement erroné par le journaliste retronews) cf. Discours de Victor Hugo contre la misère en 1849 https://www.retronews.fr/societe/echo-de-presse/2017/11/07/1849-le-grand-discours-de-victor-hugo-contre-la-misere
[1] "— Vous avez là une jolie bête, dit Gringoire.— C’est ma sœur, répondit-elle.— Pourquoi vous appelle-t-on la Esmeralda ? demanda le poëte.— Je n’en sais rien.— Mais encore ?[volume 1] [Section A.] Roman, tome II. Œuvres complètes de Victor Hugo, Texte établi par Paul Meurice, Librairie Ollendorff, 1904, publ. par Paul Meurice (1904-1905), Gustave Simon (1905-1928) et Cécile Daubray (1933-1952), Œuvres complètes de Victor Hugo, Édition Paul Ollendorff et Albin Michel, dite « de l'Imprimerie nationale » en 45 volumes, 1904 — 1952 https://fr.wikisource.org/wiki/Notre-Dame_de_Paris/Texte_entie
Elle tira de son sein une espèce de petit sachet oblong suspendu à son cou par une chaîne de grains d’adrézarach. Ce sachet exhalait une forte odeur de camphre. Il était recouvert de soie verte, et portait à son centre une grosse verroterie verte, imitant l’émeraude." p. 82, Victor Hugo, Notre-Dame de Paris 1482, 19 janvier 1831
[2] http://bibliotheq.net/victor-hugo/notre-dame-de-paris/page-251.html
"Jules Michelet (1798-1874) écrit-il dans son Histoire de France en 1833 : "Je voulais du moins parler de Notre-Dame de Paris. Mais quelqu’un a marqué ce monument d’une telle griffe de lion, que personne désormais ne se hasardera d’y toucher. C’est sa chose désormais, c’est son fief ; c’est le majorat de Quasimodo. Il a bâti, à côté de la vieille cathédrale, une cathédrale de poésie, aussi ferme que les fondements de l’autre, aussi haute que ses tours.""D'un théiste à l'autre,
"Ton livre dans ma poche, aux tours de Notre-Dame ; Je suis allé souvent, Victor, A huit heures, l'été, quand le soleil se couche, Et que son disque fauve, au bord des toits qu'il touche, Flotte comme un gros ballon d'or. " Théophile Gauthier, 1838, cité dans https://www.nouveau-magazine-litteraire.com/poésie/«-ta-vue-se-sent-battre-au-cœur-quelque-chose-»
"La salamandre a été longtemps considérée comme engendrée par le feu ou capable d'y survivre. Il est en tout cas probable que des salamandres cachées ou hivernant dans des bois morts, aient autrefois été vues s'échappant d'un foyer de cheminée laissant penser qu'elles aient été engendrées par le feu ou y résistant. Le nom commun de « salamandre de feu » dérive de cette croyance10. Ce mythe explique que l'animal symbolise les génies du feu souterrain pour les alchimistes cabalistes. Cette croyance apparait déjà en 1590, dans le travail de Joachim Camerarius de Nuremberg « Symbolorum et Emblematum ex Aquatilibus et Reptilibus » où il mentionne : « Voyez la salamandre qui traverse les flammes. C'est aussi toujours le propre de la pureté de rester indemne. »" https://fr.wikipedia.org/wiki/Salamandra_salamandra[3] Gustave Simon, Lettres de Sainte-Beuve à Victor Hugo et à Madame Victor Hugo, 1904-1905, La Revue de Paris https://fr.wikisource.org/wiki/Lettres_de_Sainte-Beuve_à_Victor_Hugo_et_à_Madame_Victor_Hugo/Entier
[5] UN ÉTÉ AVEC VICTOR HUGO Mardi 14 juillet 2015 Libido https://www.franceinter.fr/emissions/un-ete-avec-victor-hugo/un-ete-avec-victor-hugo-14-juillet-2015
[6] L'orgue de Notre Dame ne rechignait pas en 2015 à jouer l'hymne républicain, sans que ce soit la première fois -Pourtant, l'on sait que les curés, qui ne voulaient pas plier devant la République, eurent quelques démélés et rancoeurs contre la Révolution française qui en finirent avec leur privilège clérical ensemble féodal. Une messe à la Marseillaise, comme une choucroute à la bouillabaisse.
- Une bonne soirée en vue - Dans le ventre de l'orgue, 53 mn, https://www.arte.tv/fr/videos/057383-000-A/dans-le-ventre-de-l-orgue-de-notre-dame/
- Source des illustrations - Crédit
https://www.artgallery.nsw.gov.au/collection/works/29.1978/
[Illus. 2] Luc-Olivier Merson, Esmeralda donne à boire à Quasimodo. Une larme pour une goutte d'eau, 1903
http://www.parismusees.paris.fr/es/node/4078
- A savoir -
Toute la nation contribue à la sauvegarde des édifices religieux qui lui appartiennent. Signifiant que athées comme croyants, l'on met la main à la poche. L'Etat et les communes n'ont pas les moyens de les garder flamboyantes car il y a d'autres priorités -et qu'après tout l'on sait les ors vaticans. Devenues musées finissent par être acceptées de tous, alors que, auparavant, on les brûlait. Notre Dame cathédrale seulement catholique a été plusieurs fois dévastée. Et si elle n'était pas devenue, poésie et musique (opéra de Louise Bertin) inoubliables et unitaires, monument littéraire, on l'aurait laissé cramer joyeusement en 2019 aussi car la tendance anticléricale reste fortement française, largement plus qu'elle ne serait chrétienne, tant en nombre qu'en qualité.
"LA PROPRIÉTÉ DES ÉDIFICES CULTURELS La loi du 9 décembre 1905 relative à la séparation des églises et de l’État (modifiée et complétée par les lois du 2 janvier 1907 et du 13 avril 1908), a institué le principe de laïcité. Mais une différenciation du régime de propriétés des édifices du culte est opérée selon leur date de construction :– Pour les édifices religieux (cathédrales, églises, chapelles, temples, synagogues, évêchés…) construits avant 1905 : ils appartiennent à l’État, aux départements, aux communes et aux EPCI ayant pris la compétence en matière d’édifices des cultes (article 12 de la loi de 1905)." https://www.territoires-groupama.fr/2018/04/17/dit-loi-lentretien-conservation-edifices-religieux-commune/Pour quelle raison, cette cathédrale, lieu de culte catholique, l'est restée - Pour la paix des cultes, éviter leur concurrence !
"la loi française ne semble pas très ouverte au partage multiconfessionnel ou au transfert d’une religion à une autre des lieux de culte appartenant à l’Etat (et ce depuis la nationalisation des biens du clergé sous la Révolution française).Contrairement aux vœux des anticléricaux et libres penseurs de l’époque qui souhaitaient susciter une concurrence au sein des différentes religions afin de les affaiblir durablement, le pouvoir central maintint - notamment avec l’article 4 de la loi de 1905 – une certaine forme de reconnaissance vis-à-vis des religions, et en particulier envers la religion majoritaire : les bâtiments cultuels catholiques «propriété publique» sont donc restés catholiques." https://www.liberation.fr/societe/2015/07/12/lieux-de-culte-histoire-d-un-partage_1346804
- Fondamentaux de cet ethnoblog
& Groupe 2011 Pour la reconnaissance des féminicides en droit
¡Féminicides! http://susaufeminicides.blogspot.fr/2011/11/feminicides-definis.html
¿Androcides? http://susaufeminicides.blogspot.fr/p/androcides.htmlStatut d'avenir http://susaufeminicides.blogspot.fr/2013/08/salon-de-demoiselles.html
Cartographie katogynique http://susaufeminicides.blogspot.fr/p/cest-de-la-carte-tentative-darticle.html
Estimations et recensement http://susaufeminicides.blogspot.fr/2012/01/combien.html
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